Coucher son histoire sur le papier a un pouvoir apaisant, révélateur, et même transformateur. Je l’ai découvert à l’adolescence avec mon journal intime. Mes carnets m’ont aidée à exprimer ce que je n’arrivais pas à dire à voix haute. À déposer mes peines, mes colères, mes doutes. Mais aussi mes joies, mes rêves, mes petites victoires. Cela faisait énormément de bien à l’enfant timide que j’étais, et à la jeune femme que je devenais.
L’écriture a été une alliée dans les moments éprouvants de ma vie. En tirant le fil de mes sentiments, en explorant mes émotions, en cherchant à comprendre, j’ai eu des révélations qui m’ont fait grandir. Quand j’ai vécu une rupture amoureuse avec celui que je croyais être l’homme de ma vie. Quand j’ai choisi d’aller vivre dans d’autres contrées. Quand j’ai appris que je ne pouvais être mère.
Raconter sa vie, ce n’est pas seulement mettre des faits en ordre. Pour beaucoup de personnes, c’est la première fois qu’elles posent des mots sur ce qu’elles ont traversé. Les souvenirs enfouis remontent. Les émotions aussi. Je les accueille et les recueille.
Moments de tendresse avec un grand-père bourru qui laissait sa petite fille jouer avec ses cheveux.
La perte d’un enfant à la naissance, portée secrètement pendant des décennies.
Des années de pension, coupé de l’amour de sa famille.
Ce que j’observe, dans mon travail de biographe, c’est que l’acte de se raconter touche et ouvre quelque chose. Il permet de porter un autre regard sur son propre parcours. De donner du sens à ses expériences de vie. De reconnaître, parfois avec surprise, la force de ce qu’on a traversé. Et de prendre conscience de la transmission, souvent inconsciente, des histoires de nos aïeux.
En me parlant de son grand-père décédé pendant la Première Guerre, une cliente comprend pourquoi sa mère a toujours été si dure, si fermée aux émotions. Sa mère avait grandi sans père, fille d’une femme restée en deuil toute sa vie, toujours vêtue de noir. Une douleur transmise de génération en génération, sans jamais être nommée, et dont elle avait elle-même porté le fardeau.
Une autre me révèle un événement traumatisant vécu pendant sa grossesse et réalise l’impact qu’il a eu sur la relation compliquée avec sa fille.
C’est aussi ce que je vois dans mes ateliers d’écriture introspective. Guidée par une méditation et un extrait de mes contes, je propose de plonger dans ses souvenirs et de déposer ses réflexions autour d’un thème donné. Réveiller la joie de l’enfance. Dire non sans culpabiliser et se dire un grand oui à soi-même. S’autoriser à ne pas être parfait. Inspirée en partie par la philosophie de Julia Cameron, j’encourage aussi les participants à écrire trois pages de pensées brutes chaque matin, sans censure, sans relecture. Pas pour produire quelque chose de beau, mais pour se déposer sur la page.
« Votre atelier m’a bouleversée. Je continue d’écrire régulièrement dans mon petit carnet et ça me fait cheminer. »
Mon rôle est à la croisée entre écrivain et psychologue. Il y a dans ce que je fais une dimension d’écoute, de sensibilité et d’accueil profond. Quand quelqu’un me confie son histoire, je crée un espace où il peut s’exprimer sans jugement. Je guide doucement la personne dans l’exploration de son histoire, l’encourage à se révéler tout en respectant ses limites. J’accueille les larmes qui remontent, les secrets enfouis, les souffrances longtemps tues… Nous voyageons ensemble.
Et ce voyage me transforme aussi. Il m’enrichit, m’ouvre à de nouvelles perspectives, me livre des leçons de vie. C’est un échange. Parce que chaque histoire compte.
Écrire, se raconter, mettre des mots sur ce qui cherche à se dire, c’est un chemin vers soi. Et ce chemin vaut la peine d’être parcouru.